Présents à la réunion, en fonction de la position autour de la table :
Charles,
Laurent (G),
Patrick,
Kai,
Quentin, un nouveau,
Laurent (B),
Théo,
et moi.
Nous avons mangé des salades composées aux magrets de canard, ou aux œufs et aux pommes de terre,
des saucisses de Morteau, des andouillettes et des profiterolles.
Nous avons bu diverses bières, dont de la bière Orval, de la Petrus, de la Karolus et une
bière artisanale,
ainsi que de la vodka, un Ricard et une bouteille de vin.
Si Quentin est venu à la réunion pour parler de Perl
il a dû être déçu, nous n'en avons pas du tout parlé.
Nous avons parlé d'Internet,
d'informatique
et de points divers.
Et j'ai mis à part quelques discussions sur la
Seconde Guerre Mondiale.
Nous avons évoqué le site web de Ségolène Royal,
Désirs d'avenir.
La conception du site s'accompagne d'une facture
de 50 000 euros. Et pourtant, c'est un
site digne de HTML 1.0. Les
réactions
sont nombreuses,
certains soulignant qu'ils font des vrais sites
web 2.0 pour 4 000 euros.
Nous avons évoqué le nouveau langage de
Google,
Go.
Il a été question également d'un
langage
appelé
« R »
et qui sert pour les statistiques.
Ce langage possède l'équivalent de
CPAN,
le « RPAN » comme ont dit certains.
Mais d'autres ont émis des doutes sur ce nom,
car il conserve le « P » de
Perl
et il omet le « C » de comprehensive.
Et ils ont eu raison de douter, car le site s'appelle
en réalité
CRAN.
Laurent (B, pas G) nous montre son Nokia, un ordinateur de la taille
d'un téléphone portable (pas les téléphones pliants ou téléscopiques, plutôt les gros modèles
genre iPhone). Mais ce n'est pas un téléphone, c'est
uniquement un ordinateur.
Comme cet ordinateur peut se connecter
à Internet, on peut accéder à
Skype
et ainsi utiliser l'engin comme
un téléphone, mais pour l'utilisation
courante par GSM ou GPRS avec une carte SIM,
c'est impossible. Il existe un modèle avancé
qui fait téléphone, mais Laurent n'a pas l'autorisation
de faire cet investissement.
Le système d'exploitation est
Debian
et il comporte Perl 5.8.
Ce que Laurent trouve regrettable, c'est que
le format audio utilisé par l'appareil est le
MP3,
il n'est pas possible sur une machine
sortant du magasin d'écouter du
Ogg/Vorbis.
Cela peut s'installer par la suite, mais
il aurait été préférable, tant pour des raisons
pratiques que pour des raisons éthiques, de disposer de
Ogg/Vorbis
dès le début.
Il est possible de déployer un clavier
coulissant pour taper du texte, mais c'est un clavier
AZERTY,
sur lequel il est difficile de trouver comment taper
les caractères spéciaux tels que le dollar.
Un curieux choix, compte tenu du fait que ceux
qui achètent cet appareil ont surout un profil
de geek.
Heureusement, Laurent a découvert le clavier virtuel
qui facilite la tâche pour taper les caractères
spéciaux.
Et Laurent fait remarquer que la résolution de l'écran
est la même qu'un eee-PC, pour un encombrement
moindre. D'ailleurs, les deux machines sont
contemporaines.
Après avoir discuté sur les avantages et inconvénients
respectifs des différentes configurations de claviers,
Laurent (B) nous apprend qu'il existe plusieurs
types
de
claviersDvorak.
En effet, la
disposition des touches
varie d'un pays à l'autre, même si
on retrouve toujours les voyelles côte à côte
sur la rangée du milieu.
Quel est le mot de passe le plus fréquent, sur les
systèmes qui imposent d'avoir à la fois des lettres
et des chiffres ? C'est « password1 ».
Le choix du chiffre 1 est peut-être dû à sa
position sur le clavier (clavier principal par opposition
au pavé numérique) ou au fait que 0 n'est pas considéré
comme un « vrai » nombre, malgré plusieurs
siècles de présence en Europe Occidentale (et encore
plus dans le monde arabe et en Inde).
Un autre problème de clavier et de mot de passe,
c'est celui du code PIN des cartes bleues.
La plupart du temps, nous tapons ces codes
sur des claviers avec le « 1 » en haut
à gauche et le « 9 » en bas à droite.
Mais, de temps en temps, le clavier du terminal
de paiement est semblable à un clavier de calculatrice
ou à un pavé numérique de clavier d'ordinateur, avec
le « 1 » en bas à gauche et le « 9 »
en haut à droite. Et, ainsi que cela est arrivé à
Laurent (B) et à moi-même, le premier essai de code
foire. Il a fallu que le commerçant avertisse Laurent
ou moi que le clavier avait une disposition particulière
pour que nous fassions attention à ce que nous tapions.
La version actuelle de
PGP
est 9.10. La prochaine
version sera la 9.12. Pourquoi ? Non, ce n'est
pas comme Perl depuis la 5.6, avec les versions
impaires qui sont des versions de développement
instables et des versions paires qui sont des versions
stables pour la production. La raison est plutôt
que le numéro de version 9.11 rappelle de mauvais
souvenirs aux Américains, donc ceux-ci auraient tendance
à se détourner d'un logiciel avec un tel numéro
de version. Quelqu'un fait remarquer que,
sans s'attarder sur ces histoires de numéros de version,
GPG
est préférable, car il s'agit d'un logiciel
réellement libre.
Comment faire pour mettre au rebut un disque dur ?
Un participant nous rapporte qu'il a entendu parler
de quelqu'un qui effectue 35 formatages du disque
dur avant de le mettre à la poubelle. Laurent nous
explique que l'on estime qu'un service de renseignement suffisamment bien
équipé est capable d'extraire les données si le nombre
de formatages ne dépasse pas 7. Une autre façon de
mettre au rebut le disque dur consiste donc à le reformater à
coups de burin, voire de masse. Et même si certains
morceaux sont suffisamment grands pour que l'on puisse
lire leur contenu, cela n'avancera pas beaucoup
l'espion car les systèmes actuels de fichiers sont tellement
entrelacés qu'il sera impossible d'avoir un fichier
dans son intégralité. Quant à Françoise, notre cuisinière
du mercredi, lorsqu'elle a mis son vieil ordinateur
à la poubelle, elle a conservé le disque dur pour
éviter ce genre d'indiscrétions. On verra plus tard comment
effacer les données.
Le dernier numéro du
journal gratuitÀ nous Paris
comporte un article sur les téléphones
Android.
L'article n'apporte aucune information
technique intéressante. Mais peut-on s'en
étonner, compte tenu de l'intérêt général
de la presse gratuite ?
Charles a regardé ces derniers jours une série d'émissions
sur Arte
concernant les conditions de travail.
Ces émissions montrent comment des créateurs d'entreprise
sont amenés à embaucher des employés, à les mettre
sous pression constamment, puis au bout d'une année
ou deux à licencier une bonne partie de ces employés,
pour ne conserver que les plus performants.
La série d'émissions, ou bien la prochaine émission
de la série, s'appelle
Burn-out.
L'une des émissions de la série présentait un
employé soumis à une pression autre que la rentabilité.
C'était un opérateur de contrôle dans une centrale
nucléaire. Cet homme a révélé qu'il a vécu un
incident de fonctionnement dans sa centrale et
que pendant une dizaine de minutes, il a été
dans l'incapacité de réagir à cet incident.
Heureusement, sa hiérarchie est intervenue et
d'autres techniciens ont pris la relève.
Cet homme a eu l'honnêteté de démissionner
de son poste, pour ne pas se retrouver dans
des circonstances analogues ultérieurement.
Si la série sur Arte n'évoque pas France Télécom,
nous avons parlé des suicides sur le lieu de travail.
Même si le phénomène a pris de l'ampleur ces derniers
mois, les suicides sur le lieu de travail ne sont pas
une nouveauté. J'ai le vague souvenir entre autres
d'avoir entendu dire qu'au milieu des années 1990 un
pilote de ligne a voulu se suicider en piquant
avec l'avion qu'il était en train de piloter.
Heureusement pour les passagers, le co-pilote, lui,
avait encore envie de vivre et a réussi à maîtriser
le commandant de bord.
Laurent (G) nous signale qu'une loi est passée
cet été au sujet de la lutte anti-terrorisme.
Ce qui l'a choqué, c'est que cette loi assimile
la lutte anti-terrorisme et le contrôle de l'immigration.
Si l'on considère quelques exemples récents d'actions
terroristes, on peut se demander si cet amalgame entre
contrôle de l'immigration et lutte anti-terrorisme
est justifié. Deux exemples n'ont pas été cités lors
de la réunion : l'attentat de
Timothy MacVeigh
à Oklahoma City
et les attentats de Londres
en juillet 2005, perprétrés semble-t-il par des
Pakistanais installés en Grande-Bretagne depuis au moins
deux générations. Le troisième exemple a été cité
par Joël, ce sont les
événements de Tarnac,
quoique la culpabilité des suspects
n'a pas été avérée.
Un autre point préoccupant de cette loi est
qu'elle considère que l'intention de commettre
un attentat est répréhensible, sans attendre le
passage à l'acte. Ce qui veut dire que c'est maintenant
à l'accusé de faire preuve de son innocence et non plus
à l'accusateur de faire preuve de la culpabilité de l'accusé.
Au sujet des attentats du 11 septembre, Charles
rappelle qu'il a vu en direct à la télévision l'impact
du second avion sur le World Trade Center.
Sa femme venait de voir la télévision annoncer le
premier impact et elle avait prévenu Charles pour qu'il
vienne voir. Et si l'on a pu voir les avions percuter
les tours, en revanche la télévision n'a pas diffusé les
images des personnes qui ont sauté par la fenêtre pour
échapper à l'incendie.
Il paraît qu'avant la construction des deux tours, on
avait fait des études et des simulations pour déterminer
l'effet de la collision d'un Boeing 737 avec le bâtiment.
Mais ces simulations prenaient le cas d'un avion en fin
de trajet, donc avec des réservoirs quasiment vides.
Or, en septembre 2001, les avions venaient de décoller
et avaient donc des réservoirs de kérosène encore bien remplis.
À un autre moment, il a été question de technique aéronautique.
Laurent (B) a rappelé que les avions de ligne actuels,
comme les Airbus depuis le 320 ou le 340, sont naturellement
instables. Il se demande quel est l'intérêt d'un avion de ligne
instable : il n'en a pas besoin pour effectuer des manœuvres
d'évitement contre des missiles qui les poursuivent. Éh bien si,
ai-je répondu, il y a déjà eu une tentative d'attentat au missile
contre un avion de ligne [ le 28 novembre 2002 à Mombasa, comme
j'ai réussi à le trouver ultérieurement ].
Un autre sujet sur la technique aéronautique concerne
les tests consistant à examiner ce qui se passe lorsqu'un
oiseau est happé dans un réacteur ou frappe la verrière
d'un avion. Pour de tels essais,
les techniciens disposent de « canons à poulets »,
qui propulsent des poulets dans une verrière ou un réacteur au banc d'essais
pour déterminer s'il pourra résister au choc.
J'ai lu dans un site web disparu depuis un certain temps
une anecdote où il était question de techniciens anglais
qui venaient d'acquérir un tel canon à poulets en provenance
des États-Unis. Hélas, les tests se sont révélés
décevants, car invariablement les verrières étaient
détruites lors du choc avec le poulet. Les Anglais ont demandé
aux Américains pourquoi dans leur cas, les tests étaient systématiquement
négatifs. Les Américains leur ont posé la question suivante :
« Mais les poulets que vous utilisez, vous les décongelez bien ? »
[ Même si le site http://paul.merton.ox.ac.uk/
a disparu, de
nombreuxsites
reprennent la
même histoire
où il n'est pas question, comme je croyais me souvenir,
d'ailettes de réacteurs, mais de verrières d'avions et
de TGV. Cela dit, il existe quelque variantes, comme
celle faisant intervenir des Français.
Ce qui fait dire à certains
que c'est un bobard.
]
Charles a évoqué la numération sur les doigts. Selon lui,
les Chinois avaient un système de numération sur les doigts
permettant d'atteindre des grands nombres.
[ Désolé, j'ai bien cherché dans
l'Histoire universelles des Chiffres
d'Ifrah et dans
Number Words and Number Symbols
de Menninger, il n'est pas question des Chinois. En Europe
et dans les pays arabes, les gens disposaient d'un système
permettant de compter jusqu'à dix mille, mais les deux auteurs
ne signalent rien pour les Chinois.
]
En se contentant de deux positions pour chaque doigt : tendu
et plié, on peut compter en binaire de 0 jusqu'à 1023.
Et Laurent a tout de suite attribué un caractère obscène
au nombre 4. Essayez, vous verrez.
Et pour en revenir à un comptage sur les doigts sans faire
intervenir le système binaire, je cite
une anecdote que j'ai lue au sujet d'un mathématicien
dont j'ai oublié le nom
mais que Théo a identifié comme étant
Sierpinski.
Monsieur
et Madame
Sierpinski étaient partis en voyage avec six
valises. À un moment,
Waclaw Sierpinski
vérifie qu'il ne leur manque aucun bagage. Et il se met à compter :
« zéro, un, deux, trois, quatre, cinq. Mais, il nous
en manque une ! Nous en avions six ! »
Laurent (B) évoque les dessins animés japonais de son
enfance, dont certains paraissent en DVD et d'autres
sont encore bloqués pour des raisons de droits
d'auteur. Il est question de
Goldorak
et Laurent fait remarquer que la plupart des
épisodes avaient le même scénario de base et
même le même tempo. Ainsi, c'est toujours
au bout de 7 minutes et demie que le
robot était activé. Il nous donne également
des précisions sur l'armement de
Goldorak,
avec notamment la différence fondamentale
entre le corno-fulgur et le cerveau-fulgur.
À l'inverse de Goldorak,
dont les épisodes sont indépendants, une intrigue
d'Albator
s'étendait sur quatre épisodes successifs,
ce qui était plus gênant pour suivre la série.
Et il y a enfin
Ken le Survivant,
un dessin animé nettement plus violent.
Dans le cadre d'une réunion de famille le jour même, Kai a mangé au
restaurant Chartier.
Le menu
est honnête, mais le prix reflète plus la notoriété
du restaurant que la qualité des plats.
Joël intervient pour rappeler que c'est à cet endroit
qu'est mort
Isidore Ducasse.
Joël est bien placé pour connaître la biographie
d'Isidore Ducasse
car c'est la personne qui, sous le pseudonyme de
Lautréamont,
a écrit
Les Chants de Maldoror.
Nous avons parlé de diverses substances nocives.
Par exemple, les aliments carbonisés sont cancérigènes.
Dans le temps, on pouvait trouver de la
raie au beurre noir
au restaurant, mais ce plat traditionnel est interdit à présent.
Les produits naturels sont à la mode, car on les prétend
sans danger par opposition aux aliments artificiels qui
seraient, eux, nocifs. C'est oublier certains produits
tout-à-fait naturels comme
l'amanitephalloïde.
On cite également un autre produit naturel, qui
ne servait pas d'aliment, mais plutôt d'enduit
mural dans un peuple d'Océanie (je crois).
Les indigènes utilisaient ce produit car il
permettait de débarrasser la case des divers
insectes et parasites que l'on peut trouver.
Mais ce que les indigènes n'avaient pas réalisé,
c'est qu'au bout de quelques décennies, les humains
logeant dans la case finissaient par subir les
effets cumulatifs du produit et ils se retrouvaient
avec un cancer.
Charles parle d'un reportage à la télévision au sujet
des antennes de réseau pour les téléphones
portables. L'une des personnes interrogées pour le reportage
se plaignait que les antennes étaient nocives pour la
santé. Et cette personne avait une cigarette allumée
aux lèvres...
Pour changer des produits naturels nocifs, nous avons
parlé du
Coca Cola
et notamment de la différence entre le
Coca Cola Light
et le Coca Cola Zero.
Comme c'est écrit
dans le site officiel
le Coca Cola Zero est censé avoir le même goût
que le Coca Cola normal, tandis que
le Coca Cola Light a un goût différent.
Il semblerait, pour des raisons inconnues, que le
Coca Cola Zero soit plutôt une boisson masculine,
tandis que le Coca Cola Light serait plutôt bu par les femmes.
Une autre boisson, plus au goût des Perl Mongers, c'est
la bière. En plus des bières habituelles que nous
a servies Joël, nous avons pu goûter à une bière artisanale
confectionnée par Laurent (G). Notons qu'il avait averti
le Maldoror avant de venir, pour s'assurer que son geste
ne serait pas pris pour de la concurrence déloyale.
Laurent nous explique le principe de la bière.
L'ingrédient de base est le malt d'orge, c'est-à-dire
des grains d'orge qui ont commencé à germer, donc à produire
du sucre. L'extraction de ce sucre et l'ajout
de levures permettent d'avoir par
fermentation un liquide légèrement alcoolisé, de la bière.
Pour lui donner un peu plus de goût, le brasseur
ajoute un peu de houblon, qui n'a aucun effet sur
le degré alcoolique, mais qui donne l'amertume caractéristique
de la bière.
Lors des anciens temps, depuis les débuts de l'humanité
jusqu'au XIXe siècle à peu près, les boissons
étaient le plus souvent des boissons alcoolisées. Pourquoi ?
Sans doute parce qu'en ces époques, l'eau n'était
pas filtrée et aseptisée, donc elle contenait de nombreux
germes, microbes et bactéries nuisibles à la santé.
En revanche, les boissons alcoolisées en contenaient
nettement moins, à cause des propriétés de l'alcool.
Quentin nous vient de
l'École Nationale des Ponts et Chaussées
à Champs-sur-Marne. Il nous explique qu'il y a deux
filières vedettes dans cette école : le
génie civil,
ce qui est compréhensible compte tenu de
l'historique
de l'école et la
finance,
dont on se demande ce qu'elle vient faire là-dedans.
Comme on peut le voir sur le site web, la dénomination
actuelle de l'École des Ponts et Chaussées est devenue
« École des Ponts Paristech ».
Qu'est-ce donc
Paristech ?
C'est la réunion de plusieurs grandes
écoles françaises. Ce rassemblement a pour origine
la parution du
classement de Shanghaï.
Ce classement repose sur des critères quantitatifs
pour évaluer les universités de la planète.
De par leur nature, ces critères quantitatifs privilégient
les campus où étudient plusieurs milliers d'étudiants,
au détriment des écoles réunissant deux ou trois promotions
d'une centaine d'étudiants. La réunion des grandes écoles
françaises sous la désignation « Paristech »
fait que les critères du
classement de Shanghaï
porteront sur l'ensemble de ces écoles, qui se retrouveront
ainsi à une meilleure place dans le classement.
Il a été question de la tendance des gouvernements
à éviter de reconnaître leurs erreurs. Certains voient
une analogie entre le gouvernement nazi qui attribuait
tous les problèmes aux juifs et notre gouvernement actuel
qui met en exergue nos footballeurs pour faire oublier
les problèmes courants. Je trouve que c'est une démarche
très différente. Dans un cas, le gouvernement reconnaît
l'existence des problèmes et les utilise pour des buts
néfastes. Dans l'autre cas, il s'agit plutôt de balayer
les problèmes sous le tapis et de faire croire que tout
va bien. Toujours est-il que cela a amusé quelques-uns
de rassembler les juifs et les footballeurs dans une même
comparaison.
Il a été un tout petit peu question de la
Première Guerre Mondiale,
dont nous fêtons l'armistice aujourd'hui.
Le sujet évoqué est la
Grosse Bertha.
Ce canon était sur la ligne de front ou presque,
ce qui lui permettait de bombarder Paris.
[ En fait, il y a confusion entre la
véritable Grosse Bertha
qui avait une portée d'à peine 12 kilomètres et le
canon qui a bombardé Paris. ]
Charles a regardé les reportages
Apocalypse
diffusés récemment à la télévision. Il nous fait part
de ce qu'il a appris. Néanmoins, dans ce compte-rendu,
j'y ajoute quelques remarques personnelles sans toujours faire
la distinction entre ces remarques et ce qui a été dit en
réunion. Ces remarques, à part celle sur le coloriage, ne constituent
pas une critique à l'encontre de Charles ou de Daniel Costelle,
mais une tentative pour faire tinter un autre son de cloche
et pour montrer que la réalité est moins simple qu'il n'y paraît.
Un point que Charles n'a pas évoqué, c'est que le reportage est basé sur le coloriage
de films tournés en noir et blanc. Du coup, je n'ai pas
l'intention de voir Apocalypse lorsqu'il sortira en DVD.
Daniel Costelle
a tourné dans les années 1970 plusieurs séries de documentaires de qualité dont
l'Histoire de l'Aviation
et les Grandes Batailles
à une époque où le nombre de téléviseurs en noir et blanc était encore
assez important en France. J'ai revu l'Histoire de l'Aviation
en DVD une trentaine d'années plus tard et je n'ai pas été choqué de
voir du noir et blanc sur l'écran couleurs de mon ordinateur.
Plus tard, au XXIe siècle, Daniel Costelle a composé un nouveau reportage
sur l'aviation,
les Ailes des Héros,
basé sur les mêmes extraits de films que l'Histoire de l'Aviation
et concentrés en une seule émission,
mais coloriés cette fois-ci. J'ai eu l'occasion de le voir et je n'ai pas aimé
ce reportage. Le coloriage donne un aspect artificiel aux extraits de film,
on n'y retrouve pas la richesse des variations de teintes d'un véritable
film couleur. L'argument pour le coloriage des films était que
les contemporains des événements les ont vécus en couleurs. Ce n'est pas
vrai. Les contemporains ont vécu la plupart des événements par l'intermédiaire
de la presse et des actualités cinématographiques. Ainsi,
les Londoniens ont vu les images de Pearl Harbor en noir et blanc, tout comme les Hawaïens ont
vu le Blitz en noir et blanc.
Il vaut mieux regarder
Ils ont filmé la guerre en couleur
(que je n'ai pas eu l'occasion de voir pour l'instant), avec de véritables
images en véritables couleurs.
Avant de voir Apocalypse, Charles
avait une vision réductrice de la Campagne
de France : les Allemands envahissent
la Belgique et la France le 10 mai 1940,
les Français s'enfuient en exode,
les Allemands avancent comme dans du beurre,
de Gaulle passe à la BBC le 18 juin
et un armistice est signé le 22 juin.
Il a ainsi appris que les Français avaient donné
du fil à retordre à l'armée allemande.
Ils s'étaient défendus
bec et ongle et, par endroits, ils avaient
même contrattaqué, voir par exemple la bataille
de Moncornet, menée par le colonel de Gaulle.
Pour cet épisode, l'émission a évoqué l'évacuation
de Dunkerque, au cours de laquelle Churchill
a envoyé tout ce qui pouvait naviguer à travers
la Manche pour récupérer les hommes de la
BEF et les ramener en Angleterre. Même si
la quasi-totalité de l'équipement a été laissée
sur le sol français, l'armée britannique a pu
profiter de l'apport en effectifs de la BEF.
Du coup, on présente la bataille de Dunkerque comme une grande
victoire britannique. Il ne faut pas pousser.
D'accord, si la BEF s'était retrouvée dans des
Stalag et des Offlag,
cela aurait été une catastrophe pour le Royaume-Uni
(encore que Dennis Showalter doute que cette catastrophe ait
pu faire changer notablement le cours de la guerre, [HDDS] page 48).
Mais ce qui s'est produit dans la réalité historique
ne peut quand même pas être considéré comme
une victoire pour Churchill. Ou alors, il faudrait
considérer que le Royaume-Uni a volé de victoire
en victoire tout au long de la première partie
de la guerre : évacuation de la Norvège juste après Dunkerque,
transfert de Saint-Jean-de-Luz vers l'Angleterre des soldats portant
l'uniforme polonais (je n'ai pas dit soldats polonais, voir
[PB] pages 17-18, [YC] page 21,
[JDP] pages 48-49 et [RDLP] page 17),
rembarquement de Grèce en avril 1941,
évacuation de la Crète le mois suivant, raid sur Dieppe le 19 août 1942 avec
un débarquement à 3h30 et un rembarquement à 9h ([CSAP] page 281),
etc. Hélas, avec l'arrivée des
Américains, les Britanniques ont commencé à débarquer
et à rester sur le terrain (opération Torch
en novembre 1942). Néanmoins, certains se souvenaient de la première partie de la guerre,
comme Patton lorsque le XVe Corps de la Troisième Armée US
a commencé à clore la poche de Falaise. À cette occasion,
le 12 août 1944,
Patton a téléphoné à Bradley pour lui annoncer :
J'ai du monde à Argentan. Laisse-moi pousser jusqu'à
Falaise et je rejetterai les Anglais à la mer, comme
à Dunkerque.
Selon Charles, les Allemands avaient deux avantages
tactiques importants : les
Stukas et les grenades.
Pour les Stukas, j'ai lu que s'ils avaient
obtenus de bons résultats lors de la campagne de Pologne
et de la campagne de France, en revanche ils s'étaient
fait laminer lors de la Bataille d'Angleterre.
Ce qui n'a pas empêché l'armée allemande de les utiliser
de nouveau sur le front est.
Pour en revenir aux grenades, j'ai cru sur le coup
que Charles parlait des grenades à main. C'est la
première fois que j'entends louer les grenades à main
allemandes, ce qui est peut-être justifié.
Après tout, cela semble plus facile de lancer un presse-purée
qu'un ananas.
D'un autre côté, il se peut que Charles
n'ait en fait pas parlé des grenades à main et
que j'ai mal retenu ce qu'il a dit.
Parce qu'en fait, dans mes lectures, j'ai lu beaucoup
de bien des grenades antichar appelées
Panzerfaust.
Par exemple, James Gavin, général de parachutistes lors de la 2e Guerre Mondiale, disait que les
Panzerfauste de la Wehrmacht en 1944 étaient meilleurs
que les bazookas dont disposaient les Américains,
y compris semble-t-il les bazookas disponibles au
début de la Guerre de Corée en 1950
([JG] pages 51-52 et [JDAN] pages 239-240).
Il a été question des bombardements stratégiques, c'est-à-dire
visant les villes au lieu de viser les unités
combattantes. Ce n'est pas une nouveauté de la
2e Guerre Mondiale. Mais la question que nous
nous sommes posée est de savoir si ce genre d'opération
a été inauguré lors de l'invasion de la Chine par les
Japonais ou bien à Guernica avec la Légion Condor.
En fait, le bombardement des populations civiles existait
depuis longtemps. Comme signalé
plus haut,
il y a eu le bombardement de Paris par l'artillerie allemande
lors de la 1e Guerre Mondiale, mais aussi le bombardement
de Copenhague par la marine britannique en 1800,
le bombardement de quelques villes avec des catapultes
et du feu grégeois pendant l'Antiquité. La nouveauté
était-elle le bombardement par un aéronef ?
Non, il y a eu le bombardement de Londres par des
Zeppelins lors de la 1e Guerre Mondiale.
En fait, Laurent (B) nous apprend que le bombardement
de Guernica était le premier « tapis de bombes »
(carpet bombing).
J'ai ajouté lors de la réunion qu'il y avait
deux versions pour le bombardement de Guernica.
La première consiste à dire que la cible était un pont
au voisinage de la ville et qu'il y a eu une erreur
de visée. La seconde consiste à dire qu'il y a réellement
eu l'intention de frapper la population civile en
bombardant la place du marché
([FDA9] page 30 et [PF2] page 92).
Pour en revenir à la Campagne de France, Laurent (B)
explique que l'Armée de l'Air française avait des
avions équivalents à ceux de la Luftwaffe :
les Dewoitine 520 en regard des Bf.109 et que
leur nombre était équivalent. Il est faux
d'attribuer à la 5e colonne un rôle dans
la défaite de la France. Les D.520 ont été détruits
par bombardement, pas par sabotage.
En fait, la réalité est plus complexe. Ainsi que
je l'ai lu
le nombre d'avions disponibles n'est pas
pas défini précisément. Tout dépend de savoir
s'il s'agit d'avions en état de vol sortis d'usine
ou d'avions « bons de guerre » prêts à combattre.
En effet, les avions étaient livrés sans armement, par
peur des sabotages de la 5e colonne
ou des communistes
([FDA7] page 39 et
[PF1] pages 137-138 ;
rappelons que, suite au pacte
Staline-Ribbentrop, l'URSS était alliée à l'Allemagne).
Charles s'est fait l'écho de l'affirmation selon laquelle
l'une des erreurs majeures d'Hitler fut d'exiger
que le Me.262 soit adapté en bombardier plutôt que
d'en faire un chasseur et la modification des plans
aurait entraîné un retard important. L'ouvrage
les Jets de la Luftwaffe
([AJ4] pages 11-12)
tempère cette affirmation. Dès le début de la conception
de l'avion, Willy Messerschmitt avait prévu la possibilité
de monter des supports de bombes sur le Me.262 et lorsqu'il
en a reçu l'ordre d'Hitler, il a pu effectuer la modification
sans problème. Et malgré tout, la plupart des Me.262 ont
été construits en tant que chasseurs. En fait, comme le raconte
les Jets de la Luftwaffe,
la production des Me.262 a été
ralentie par la pénurie de nickel et de chrome, ainsi
que par les difficultés de Junker à produire les réacteurs
Jumo 004B. Même si ces problèmes avaient été résolus, il y avait
la pénurie de carburant
([JDAN] pages 247-248). Lorsque l'on sait que, pour aller
de l'aire de stationnement à la piste d'envol, les avions
étaient remorqués par des chevaux ou des bœufs
([FDA28] page 22),
on peut se demander à quoi auraient servi un doublement
ou un triplement du nombre de Me.262. Cette pénurie de carburant
a eu une autre conséquence, il était impossible d'assurer
un entraînement correct aux nouveaux pilotes
([JDAN] page 200). La
Luftwaffe avait de très bons pilotes (ceux
qui avaient commencé en Espagne ou en Pologne) et des
bleus, mais assez peu de pilotes moyens, par comparaison
avec les autres forces aériennes
([AFDX] page 6).
Quand bien même tous ces problèmes auraient été résolus,
l'Allemagne n'aurait pas gagné la guerre pour autant.
Obligée d'affronter d'un côté l'URSS et de l'autre côté
une coalition comportant les États-Unis avec leur puissance
économique, l'Allemagne aurait retardé l'issue de la guerre
de quatre ans, mais sans la changer et l'on aurait vu
des duels entre Me.262 et P-80. C'est ce que j'ai dit
à Charles et aux autres lors de la réunion, mais deux livres
de ma bibliothèque sont encore plus conservateurs. L'un
d'eux est le recueil de nouvelles
Alternate Generals,
compilé par Harry Turtledove ([HT]) avec la nouvelle
Vati de R. M. Meluch.
Cette nouvelle met en scène
Werner Mölders surnommé Vati, c'est-à-dire
« Papa », par ses équipiers
et part de l'hypothèse que, non seulement
Mölders n'est pas mort en novembre 1941
dans un accident d'avion, mais en plus qu'il a réussi
à régler tous les problèmes de nickel, de réacteurs, de carburant
et d'entraînement signalés ci-dessus. L'autre ouvrage
est Seizing the Enigma de
David Kahn ([DK] page 278), qui évoque l'opération
Ultra d'interception et de décodage des messages
de la marine allemande. La conclusion de cet ouvrage
tente d'évaluer l'importance d'Ultra en examinant ce
qui se serait passé si cette opération avait échoué.
L'auteur commence à expliquer que la mise en place des
forces d'invasion de l'Europe aurait été beaucoup plus
lente qu'historiquement et que le débarquement n'aurait
peut-être pas eu lieu en 1944. Et la guerre se serait achevée
aux alentours de 1947. Puis David Kahn revient sur cette conclusion
en faisant remarquer qu'il a omis un autre facteur :
le succès ou l'échec d'Ultra n'aurait eu absolument aucune
influence sur le projet Manhattan.
Et les deux ouvrages aboutissent à la même conclusion, mis à part
que l'un choisit de localiser le dernier épisode de la guerre
en Europe à Berlin et l'autre à Dresde.
Donc, si l'Allemagne avait encore été en guerre en août
1945, les noms d'Hiroshima et de Nagasaki ne seraient pas
mondialement connus et, pour reprendre les dernières phrases
de Vati ([HT] page 312),
Il pensa à la voix d'Hitler à la radio, un peu plus tôt, évoquant
une aube nouvelle pour le IIIeReich.
Et cette nuit-là, sur Dresde endormie, l'aube se leva plus tôt
qu'habituellement. Une aube plus brillante qu'un millier
de soleils.
Bibliographie : à part le paragraphe sur le noir et blanc
et la couleur, je n'ai pas du tout utilisé Internet pour
mes recherches documentaires. Je me suis contenté de
fouiller sur les étagères de ma bibliothèque et de compulser
les notes que j'ai prises au fil des ans. Les ouvrages
utilisés sont :
[AFDX]
Air Force Dauntless Expansion Kit,
plus connu sous l'appellation « Sturmovik »,
édité par Battleline puis The Avalon Hill Game Company.
Voir la table crew skill level page 6.
[AJ4]
hors-série n° 4 de Aéro-Journal,
les Jets de la Luftwaffe, pages 11 et 12.
[CDE]
A Genius for War,
par Carlo d'Este, éditions Harper Collins, 978 pages.
[CSAP]
La Seconde Guerre Mondiale au jour le jour,
Cesare Salmaggi et Alfredo Pallavisini, éditions Presses de la Cité,
784 pages.
[DK]
Seizing the Enigma
de David Kahn, éditions Arrow, 336 pages.
[FDA7]
hors-série n° 7 du Fana de l'Aviation,
l'Honneur des Vaincus.
[FDA9]
hors-série n° 9 du Fana de l'Aviation,
L'Aigle aux ailes rognées, page 30.
[FDA28]
hors-série n° 28 du Fana de l'Aviation,
la dernière année de la Luftwaffe, page 22.
[HDDS]
What If? Strategic Alternatives of WWII, ouvrage collectif
compilé par Harold Deutsch et Dennis Showalter,
The Emperor's Press, 272 pages.
[HT]
Alternate Generals,
compilé par Harry Turtledove, éditions Baen, 312 pages.
La citation est page 312.
[JDAN]
Dirty Little Secrets of World War II
James Dunnigan et Alfred Nofi, éditions Quill William Morrow.
[JDP]
Nous en avons tant vu... Jean de Pange,
éditions Serpenoise, 343 pages.
[JG]
On To Berlin
de James Gavin, Bantam Books,
336 pages.
[PB]
Qui Ose Vaincra, Paul Bonnecarrère,
Marabout Histoire, 471 pages.
[PF1]
l'Armée de l'Air dans la Tourmente, Patrick Facon,
Éditions Economica, 305 pages.
[PF2]
le Bombardement Stratégique, Patrick Facon,
Éditions du Rocher, 357 pages.
[RDLP]
l'Épopée du Normandie-Niémen, Roland de la Poype,
éditions Perrin, 233 pages.
[YC]
Un Temps pour la Guerre, Normandie-Niémen, Yves Courrière
Presses de la Cité, 415 pages.